Elles voyagent, dans l'immensité de l'azur,
Surgissant des confins brumeux de l'horizon
Fantômes en déroute, telles d'étranges créatures
S"exilant au loin, à cause d'une obscure raison.
Et leurs silhouettes bizarres m'évoquent tant d'images!
Que je me plais de contempler, rêveusement,
J'y vois des géants, ou des bêtes d'un autres âge,
Des légions de ghouls qui voguent paresseusement.
Sont- ce des esprits de guerriers conquérants?
Ou des âmes en linceul, vers les limbes, errant,
Condamnées aux tourments éternellement?
Sont- ce des sorcières se pressant à un sabbat,
Où des spectres vengeurs se rendant au combat,
Ces nuées fantastiques qui hantent le firmament?
Les Cantiques diaboliques, mars 2008
Un soir, tu m'as conviée à partager un thé;
J'étais si confiante que je ne sus refuser.
De ton regard charmeur tu m'avais envoûtée
Et tes paroles tellement suaves m'ont grisée.
Comme un doux philtre un parfum musqué flottait
Quand tu m'as dévêtue de tes mains expertes.
Sous tes ardentes caresses mon désir augmentait
Et tes baisers fauves me menèrent à ma perte!
Je ne fus plus que plaintes, une tendre plaie brûlante
Entre tes bras fougueux la proie consentante
Réclamant toute ta passion qui me terrassait !
Tu lacérais mon sexe de ta verge impatiente
Et lorsque ma jouissance éclata, triomphante,
Tes crocs de vampire goulument m'ont transpercée...
***
Le vampire d'Edvard Munch
C’est la fille serpent
Elle glisse tout en souplesse
S’imisce en moi, tout en finesse
Et son regard brillant me fascine
De froideur et de tendresse…
*
C’est la fille serpent
Elle se love dans mes pensées
M’hypnotise, sans m’agresser
Quand elle avance, féline
En toute délicatesse.
*
Avec sa gâce enchanteresse
De danseuse manouche, de princesse,
Elle oscille, tout en douceur,
Et fait tomber les coeurs
Raides comme des mouches
*
Elle semble si solitaire
De nulle part, sans adresse
Quand elle s’éclipse, en silence
Quel chagrin la désespère
Et l’embellit de tristesse?
*
C’est la fille serpent
Tout en mouvement
Et sa voix légère m’ hallucine
Comme une sirène citadine
Une mélodie tout en caresses
*
Et je ne suis qu’une proie
Pitoyable qu’elle broie
D’une exquise détresse
Elle me dévore et je laisse faire
Sans regretter ma faiblesse
*
Est- elle ange ou diablesse?
Elle sait distiller le mystère
Beauté ravissante de l’enfer
Il suffit que je la voie
Je tombe tétanisé d’émoi
*
Toute habillée de noir
Et fardée de désespoir
Et je devine dans son coeur
Dans ses gestes un aura de malheur
Qui plane sur elle sans cesse…
*
C’est la fille serpent
Elle glisse, silencieuse,
Inaccessible déesse
Et de son doux venin
Qu’elle me distille d’un sourire
Elle m’assassine de bonheur
***…

Je suis la Mélancolie, la morne sœur du Léthé !
Drapant les âmes de folie, d’amertume et de gravité.
Je suis le sublime pleur qui purge les cœurs trop lourds
Et l’inexorable bourreau qui martyrise vos jours.
J’aveugle de lucidité les esprits naïfs et légers
Montrant la cruelle réalité sans rien abréger
Je te submerge de hontes anciennes où tu t’abimes, affligé
Et de remords qui reviennent du passé pour te juger.
Je suis ton accusatrice, ne t’épargnant aucun regret
Et ton intime complice, partageant tes sordides secrets.
Je peins ton monde de noir, sous sa méchante et vraie face,
Chassant l’infime espoir et les illusions tenaces.
Je suis le spleen et l’ennui, Le suc fielleux de ton coeur
Ton inséparable compagne, qui obscurcis tes humeurs.
Ma présence est glaciale et mon repos est un tombeau
Où des chimères t’éreintent de peine et de sanglots !
Tu deviens ton pire tortionnaire et la délectable victime
Le compagnon sanguinaire et mon souffre douleur intime
Je suis ton propre ennemi, empli de haines et de rancunes
Vouant ton âme aux gémonies, sans miséricorde aucune.
Quand tu traînes ton corps de bure, sans joie ni plaisir,
Portant ton chagrin obscur vers le néant qui t’aspire
Les songes sont ton refuge et tu apprivoises la mort
Préférant les subterfuges à ton triste sort…
Pour un amour brisé, une écharde dans ton cœur
Tu vis usé et désabusé, accablé de douleurs…
Et tu n’aspires qu’à l’oubli, ton éternel repos
Le vide où s’abolira ton effroyable fardeau…
C’est vers toi, enfance bénie, que revient mon cœur,
C’est pour toi, enfance chérie, que languit mon âme !
Auprès de ma mère, ces jours emplis de candeur,
De délices qui semblaient un éternel charme.
Le ciel était plus bleu ! Plus savoureuse la vie !
La joie vibrait d’un simple frisson de nuage
Ô le sublime amour ! Ô les printemps fleuris !
De ces jours merveilleux aux saveurs sauvages…
Mon enfance ! Tu t’en es allée comme un songe
Et il ne reste de toi que des rêves étranges
De douceur et de vagues regrets à la fois…
Et je retourne, dans tes paisibles heures,
Quand le temps assassin m’oppresse de stupeur
Pour cueillir un rire frais d’un bonheur d’autrefois…
Cantiques diaboliques, mars 2008
Cantiques diaboliques
Prémices:
Quand la longue et silencieuse nuit tombe,
Quand toute lumière évanescente s’abolit,
Lorsque les bruits rassurants du monde s’estompent,
Et ne demeure plus que le refuge de ton lit …
L’implacable sommeil t’assaille et t'envahit
De vagues continuelles de soupçons et de craintes,
Et cette houle dans tes entrailles qui s’amplifie
De murmures détestables et mornes plaintes,
Du creux de l’ombre montent des souvenirs aigris,
Tels des fantômes familiers emplis de rancoeurs
Le sentiment oppressant d’une lente agonie,
En images confuses et inquiétantes rumeurs,
Quand il ne reste plus aucune échappatoire
Et que tu te lamentes dans ta détresse sordide,
L’ angoisse, amante perfide, t’enlace de son oeil noir,
De ses bras visqueux et de ses baisers fétides…
***
Maléfices:
Mille démons dansent dans tes tempes et tu trembles,
Soumise à des caresses cruelles qui te lacèrent
De toutes parts, te pourfendent, te baisent et t’étranglent
Telle une vulgaire catin livrée aux faunes pervers!
Tu te noies dans tes draps inondés de sueur,
Liquéfiée tel un cierge, l’hydre colle à ta peau,
Te suce jusqu’ à la moelle et s’abreuve de tes pleurs
Dans une féroce étreinte qui te broie jusqu’aux os !
Terrassée de terreurs, impuissante de t’enfuir,
L’épouvante meurtrière t’exhibe toute sa fureur:
Des visions malveillantes, d’indicibles délires,
Qui tétanisent ton corps et brisent ton pauvre cœur !
*
Supplices:
Ta raison défaite n’est plus qu’une meurtrissure
D’ où s’écoulent à grands flots des pensées affolées,
Une marée d’ émotions atroces qui te pressurent
Sans pitié ni répit, telle une gigue endiablée..
Tu ne sais quels crimes odieux ni quelle faute
Tu as commis, pour subir de tels châtiments !
Et quels sont ces bourreaux ignobles qui complotent
Dans tes rêves grotesques ces funestes tourments!
Proie séquestrée dans un enfer froid et obscur,
Une éternité de douleurs s’empare de toi;
Oppressée, comme dans un tombeau de marbre dur
Où tu tâtonnes d’effroi contre de vivantes parois...
Tu es harcelée, dépossédée de toi-même,
Tu n’es plus que viols infâmes et supplices subis,
Jusque dans le sanctuaire de ton âme blême,
Plus qu’une larme dans le chaos qui t’engloutit…
***
Calice:
Tout ton être est broyé jusqu’aux tréfonds intimes,
Saoule de douleur, tu vacilles, tu succombes, pantelante,
Ta folie augmente, jusqu’au paroxysme
Tu cries à l' aide, tu lances des prières lancinantes,
tu voudrais qu’ un ange lumineux fut apitoyé
Qu’il vienne terrasser l’ogre immonde qui te dévore…
Mais tes vœux, sans écho, en longs pleurs pétrifiés,
Se figent dans ta gorge, comme les râles d’un mort !
Tu plonges dans un coma sans fond qui t’aspire
Et lorsque tu touches l’ultime point du non retour
Tu perçois leurs faces haineuses, leurs rires de plaisir,
Quand tu n’es plus qu’ une charogne livrée aux vautours…
***
Sacrifice:
Quelles sont ces entités malfaisantes qui t’emprisonnent ?
D’où viennent- elles ? Quelle puissance ténébreuse les anime ?
Seraient- ce des démons que le Diable t’envoie en personne ?
Pour que tu sois leur esclave soumise, leur victime ?
Tu leur donnerais jeunesse et ta vie entière,
pour sombrer dans la mort, ta protectrice ultime,
tu dévouerais ton esprit et ton cœur amer,
si seulement elles t’accordaient un peu d’estime!
Mais les ignobles qui résident dans tes méandres
Ne réclament que la paix de ton âme si tendre
La dévastation totale de tes songes heureux…
Et quoique tu tentes, et quoique tu espères,
Ils se délecteront de tes piteuses chimères
Tant que l’amour n’ait comblé ton cœur malheureux.
***
Lilith est revenue...
Des salons chics de la Géhenne
Des profondeurs de l'océan de nos peines
Torride à en incendier nos rêves
Et nos paupières sèches de toutes larmes
Son ombre ruisselante gèle nos sèves
Et son murmure nous pénètre, intime
Dans nos poitrines qui crèvent
D’insomnies et d’angoisses assassines
Lilith est revenue…
Salope glamour et libertine
Drapée des soieries de la solitude
De son rire de catin qui nous blesse
Portant des roses exsangues
A ses amants maudits
Déposant ses baisers blêmes
Sur nos poignets mutilés
Lilith est revenue…
Pressée de s’offrir, toute nue,
Sur les sillons putrides de nos plaies
De danser sur nos meurtrissures
Et de boire la lie de nos souffrances
Le cocktail salé de nos peurs rances
Et de ses fantasmes lubriques
Elle nous étourdit de stupeurs
Lilith est revenue…
Immonde beauté obscure
Répandant son parfum de mort
Elle s’immisce jusque dans nos lits
Impudique, orgiaque, serpentine
Comme une chienne en chaleur
Impatiente d’épouvantes orgasmiques
Nous susurrant ses comptines obscènes
Du plus loin de nos vagues enfances
Lilith est revenue…
Elle sait les caresses acides
Qu’elle dépose sur nos fronts humides
Elle connaît les hontes qui nous enchaînent
Elle rappelle nos plus profonds secrets
Qu’elle aime exhumer des abimes du silence
Les cadavres noyés des souvenirs
Qui n’en finissent pas de pourrir
La quintessence de nos folies
Lilith est revenue…
Pour nous tenir compagnie
Nymphomane jusqu’au bout de la nuit
S’enivrer de nos sanglots exquis
Savourer le nectar de nos cauchemars
Elle connaît les attouchements bizarres
Qui nous poussent jusqu’au paroxysme
Des horreurs raffinées du délire…
Lilith est revenue…
Les Cantiques diaboliques
A la belle Aphrodite, à la divine muse !
Qui ne cesse de harceler mes sens et mon cœur
De ses fantaisies douces- cruelles et qui s’amuse
A m’étourdir d’amours et d’amères langueurs!
De tes poisons exquis, je me suis enivré,
A en perdre la raison, à croire tes chimères,
J’ai subi tes lubies et me suis déchiré
Aux épines de maintes roses aux charmes délétères…
Je t’ai suivie sur les sentiers de tes errances,
Je t’ai chanté des odes et des hymnes d’allégeance
Autant que tout autre poète qui te sublime.
J’ai résolu les énigmes de ta beauté
Et j’ai appris les arcanes de ta cruauté :
Fasse désormais que je sois digne de ton estime…
Les Cantiques diaboliques, mars 2008
***
Shhhhh, de Cosfrog
POSSESSION
Quelle était cette présence s’immisçant en silence
Jusque sous mes draps froids, qui me murmurait tout bas
Des menaces sans raison, insinuant l’effroi
Jusqu’au plus intime de mon âme et de mes sens ?
Ce regard rouge sang irradiant dans la nuit,
Deux prunelles imbibées de haine et de violence,
Me liquéfiant d’une insoutenable stridence
S’amplifiant jusqu’à un paroxysme inouï !
Je n’étais plus qu’une proie fascinée d’épouvante
Broyé sous le poids d’une entité oppressante
M’empêchant de bouger et de hurler ma terreur !
Sans comprendre, je subissais une sombre vengeance,
Une possession totale de ma pauvre conscience,
Enfant martyre livré aux puissances de l’Horreur.
Les Cantiques diaboliques, mars 2008
N’aie crainte : laisse- toi aimer, jolie rose garance
Et viens te blottir dans les bras amoureux
De mon étreinte ; je t’épargnerai la malchance
De vivre éplorée dans ce monde malheureux…
Permets- moi, d’un baiser, t’offrir l’éternité :
Tu ne connaîtras jamais les affres mortelles,
Ni bêtise ni vieillesse, infâmes infirmités
Qui affligent les vivants de souffrances cruelles.
Laisse- moi distiller dans tes veines la puissance
Des plaisirs sublimes et la suprême connaissance
Qui feront e toi la parfaite rivale des dieux.
Reçois dans ta chair et dans ton âme la quintessence
Des Princes des ténèbres et la magnificence
Des Anges rebelles au Père inique et odieux.
Les Cantiques diaboliques, mars 2008
Bienvenue dans ce bloc consacré à l'art et à la littérature fantastiques...
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Bonnes sensations!